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1er janvier 2022
L’annonce d’un « plan compétence » en septembre 2021 par le gouvernement prévoit la formation de 1,4 million de demandeurs d’emploi en 2022 en ciblant des métiers en tension. Le dispositif veut éviter une pénurie de main d’œuvre ; il risque pourtant de manquer son but, tant il oublie deux facteurs clés : la démographie de la population active et l’appétence pour la formation.
La France va-t-elle manquer de bras ? A l’image de ce qu’ont connu les Anglais à l’automne 2021 (livraison problématique de l’essence et menace sur les approvisionnement des produits de première nécessité du fait du manque de chauffeurs-livreurs), l’Hexagone pourrait lui aussi être exposé à pareille crise, certains secteurs éprouvant de sérieuses difficultés à recruter.
Jugeant ces tensions « extrêmement sérieuses » sur le marché du travail, le Premier ministre Jean Castex a présenté le 26 septembre 2021 un plan d’investissement dans les compétences. Objectif : former 1,4 million de demandeurs d’emploi en 2022 afin qu’ils puissent intégrer des entreprises qui « ne parviennent pas à recruter », pour reprendre les mots de la ministre du Travail Élisabeth Borne. L’État compte financer le dispositif par le biais de signatures de convention avec Pôle Emploi et le maintien de l’aide aux contrats de professionnalisation.
L’entreprise, lieu idéal de la formation
Le plan d’investissement imaginé par l’exécutif pour soulager les métiers en tension veut déployer des actions « basées sur la formation en entreprise, en situation de travail car elles présentent les taux de retour à l’emploi les plus importants ». Le gouvernement veut également faire la part belle au recrutement d’alternants, en rendant « plus incitatif le bénéfice des contrats de professionnalisation des adultes ». Public visé ici : les chômeurs de longue durée, qui représentent la majorité des inscrits à Pôle Emploi.
De prime abord, l’on pourrait se réjouir de cette nouvelle initiative en faveur de l’emploi autour d’un objectif essentiel en ces temps de crise – assurer le bon fonctionnement de l’économie de notre pays, potentiellement menacée par des déficiences d’approvisionnement et de main d’œuvre. Mais comme souvent en matière de formation professionnelle, le diable se cache dans les détails.
Populations hétérogènes, effets limités ?
Visiblement, le gouvernement a oublié de se poser la question de la démographie. L’allongement inéluctable de la durée de la vie active entraîne mécaniquement une « seniorisation » de la population en âge de travailler.
Avec pour conséquences la question des conditions de travail pour des métiers pénibles, et l’accentuation de disparités territoriales entre zones géographiques « jeunes » et « vieillissantes ». Avec près de 500000 demandeurs d’emplois recensés en 2020, les plus de 50 ans représentent 9 % des inscrits à Pôle Emploi. Si le chômage des jeunes pose question, c’est bien cette population de seniors qui est particulièrement exposée en cas d’inactivité de longue durée.
Avant tout, développer l’appétence pour apprendre
Par ailleurs, le plan du gouvernement ne pose pas la question pourtant essentielle de l’appétence à la formation. Le Premier ministre et la ministre du Travail appliquent une fois de plus une logique « adéquationniste » : nous voulons tant de cuisiniers donc nous en formons tant.
Même s’il peut présenter des avantages à court terme (un effet « booster » pour renforcer tel ou tel secteur), cette formule est inopérante sur une échelle de temps plus longue. Elle conduira de nouveau à imaginer d’autres plans pour tenter d’adapter une politique de formation continue à une demande par essence fluctuante.
En tout cas, ce type de plan devrait être systématiquement assorti d’un solide corpus de base, un apport en formation sur des notions plus générales comme les « soft skills », pour donner le goût d’apprendre à apprendre. Cette appétence se travaille, se cultive et se développe, pour parvenir à une forme de plasticité qui permet à chacun de mieux s’adapter aux changements accélérés du monde du travail.
Permettre aux entreprises de faire plus et mieux
Le principe de l’alternance se prête bien à cette approche, mais suppose une petite révolution culturelle chez les entreprises comme les organismes de formation. Si ces derniers doivent imaginer des cursus qui ne sont pas de simples accumulations de stages de développement personnel, les employeurs doivent également pouvoir proposer des périodes en entreprise pas forcément en prise directe avec une tâche précise.
Quant au financement de cette approche nouvelle de la formation – devrions-nous plutôt parler de compétence -, un crédit d’impôt pourrait être une option à retenir. Cette incitation fiscale forte encouragerait les entreprises à mieux accueillir, former et intégrer des hommes et des femmes disposant des facultés indispensables pour poursuivre leur chemin professionnel plus longtemps et avec moins d’encombres.
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