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1er décembre 2021
En accélérant le développement du télétravail, les périodes de confinement signent l’importance de la compétence au sein des entreprises. L’effet loupe de la crise sanitaire confirme la transformation en profondeur de la façon de travailler actuellement en cours. Pour accompagner ce changement, l’ensemble des acteurs de la formation professionnelle doivent rapidement œuvrer à la création d’une filière compétence.
Visioconférences sur Zoom ou Skype, tâches collaboratives avec Teams ou encore gestion de projet via Trello : les deux confinements ont mis en lumière nombre de solutions numériques permettant aux collaborateurs de travailler depuis chez eux. Certes, ces outils existent depuis plusieurs années, et les entreprises qui ont déjà testé le télétravail ont pu acclimater leurs salariés à leur utilisation.
Mais la soudaineté du premier confinement a précipité du jour au lendemain des centaines de milliers de personnes dans une configuration à distance pour laquelle elles n’avaient pas été préparées. Entre la garde des enfants à la maison, la réorganisation du foyer pour aménager un ou plusieurs espaces de travail et les aléas liés à la qualité de la connexion Internet, la découverte du télétravail n’a pas forcément été une partie de plaisir.
Au-delà de la question de la maîtrise des outils, il a fallu également que les managers activent les process adéquats pour orchestrer les missions de chacun. Un rôle d’encadrement qui ne s’arrête pas à la coordination : comment jauger la motivation des collaborateurs sans les surcontrôler, rester à l’écoute de leurs ressentis sans grever la productivité ?
Le capital compétence pour résister à la crise
Cette situation inédite a vu des entreprises parvenir à surmonter les difficultés grâce aux facultés d’adaptation de leurs managers et de leurs équipes. Mais il est évident que celles qui ont pu le mieux résister voire tirer leur épingle du jeu, sont celles qui ont su capitaliser depuis plusieurs années sur les compétences de leurs collaborateurs.
Tentons une définition : la compétence dont nous parlons ici est la somme d’une formation académique plus ou moins longue et de l’apprentissage de savoirs et de méthodes par le travail. Dans les faits, la compétence professionnelle souffre encore d’un manque de lisibilité globale, qui permettrait pourtant de mieux valoriser les parcours de chacun.
La formation initiale a pour elle la longue liste des diplômes qui viennent valider le parcours des jeunes apprenants. Les choses se gâtent quand arrive la période de la carrière professionnelle : défaut d'orientation professionnelle, illisibilité des diplômes et des certifications de compétences, parcours parfois heurté entre périodes de travail et périodes au chômage…
Attachée au salarié, indissociable de l’entreprise
Pourtant, le développement de compétences nouvelles dans l’exercice du travail est incontournable, et reste à l’individu tout au long de sa vie professionnelle. Du fait de son exercice dans l’entreprise, la compétence est également indissociable de celle-ci. L’entreprise devient ainsi apprenante.
C’est bien la combinaison des savoir-faire (« hard skills ») et des savoir-être (« soft skills ») qui permet aujourd’hui aux actifs de mieux se mouvoir sur un marché du travail plus complexe. Elle contribue à entretenir la compétitivité des entreprises, comme l’a démontré la récente note économique produite par la Fédération de la formation professionnelle (FFP, nouvellement dénommée Les Acteurs de la Compétence) et le cabinet Asteres.
Cette compétence acquise en entreprise devient un savoir-agir, permettant de mieux comprendre des contextes, mobiliser des ressources, développer des capacités relationnelles et maîtriser des outils et des procédures. Régulièrement évaluée, elle s’exprime pleinement par le résultat.
Structurer une filière performante autour de la compétence
Les effets de la crise sanitaire sur l’organisation du travail, même si les formes distancielles que nous connaissons ne sont que provisoires, sont en fait les rappels d’enjeux fondamentaux posés par une vaste société de la connaissance de l’information. Au sein d’une économie de la compétence, les modalités de sa distribution de celle-ci ont évolué, conduisant à la perte du monopole des écoles et des centres de formation. Non pas que la place de la formation initiale soit moindre : elle reste incontournable et son niveau d’exigence doit continuer de croître.
L’accès à la compétence nécessite une prestation mêlée reposant sur le triptyque bilan, conseil et formation. Pour y parvenir, il apparaît clairement aujourd’hui la nécessité de la structuration d’une véritable filière compétence. Large, elle doit inclure deux usagers, l’actif et l’entreprise
Associant les écoles professionnelles, les organismes de formation continue et les professionnels du conseil en formation, c’est le modèle proche d’une confédération des acteurs de la compétence qui est l’horizon. La filière doit aller au-delà des blocages permanents et des bricolages conjoncturels qui affectent la formation professionnelle, pour atteindre une indispensable maturité économique. Il s’agit d’éviter les revendications idéologiques passéistes derrière lesquelles se cachent bien trop souvent la défense d’appareils accrochés à leur pré carré.
Un financement mixte pour garantir innovation et efficacité
Nerf de la guerre, le financement de la filière compétence doit privilégier la formule des circuits courts, plus que l’alimentation centralisée de superstructures trop éloignées du terrain. C’est le meilleur moyen de servir au plus près les salariés comme les entreprises, notamment les plus petites d’entre elles.
Pour garantir l’agilité de la filière, son écosystème conquérant doit pouvoir compter sur un engagement fort des acteurs, publics comme privés. A partir d’une évaluation commune du besoin d’investissement, ils sont attendus pour innover en expérimentant des modes de financement alternatifs. Fort de ses prérogatives, l’État peut mobiliser des fonds d’amorçage, afin de favoriser la recherche et le développement de nouvelles modalités pédagogiques, notamment au regard des avancées technologiques des sciences cognitives.
De leur côté, les acteurs du secteurs privés ont besoin de renforcer leurs fonds propres. Ce sujet est récurrent depuis plusieurs décennies, et il est temps d’envisager de nouvelles formes de financements issus de la recapitalisation de l'épargne, de prêts participatifs ou de crowdfunding.
Ces financements pourront accompagner les évolutions de la filière et favoriser l’émergence de plateformes en ligne dédiées à la compétence, construites par des prestataires issus du monde du logiciel. L’idée est là de parvenir à plus d’actions distancielles ou hybrides, dispensées par les entreprises de formation et les autres interfaces. Toutes les innovations qui permettront d’optimiser l’acquisition des compétences sont bonnes à investiguer, comme l’intelligence artificielle ou de l‘Adaptative Learning.
Les jeunes et les seniors, des publics à servir au plus vite
Enfin, la filière compétence doit se mobiliser tout particulièrement au service des jeunes, particulièrement exposés aux conséquences économiques de la crise sanitaire. Intégration professionnelle, actualisation des compétences (notamment sur les transitions numériques), mobilités professionnelles internes ou externes et promotion sociale de l’apprenti à l’ingénieur, sont autant de voies à explorer rapidement. Les premières traductions concrètes de cet engagement fondateur seraient la meilleure démonstration de l’utilité vivifiée de tout un secteur au service de l’économie et de la société.
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