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1er novembre 2021
La formation en alternance des jeunes est un levier puissant pour leur permettre une meilleure entrée dans le monde du travail. Pourtant, le dispositif ne joue pas pleinement son rôle, du fait d’un certain nombre de freins structurels. Et les conséquences économiques de la crise sanitaire rendent encore plus incertaine l’insertion de milliers de jeunes pourtant motivés. C’est maintenant qu’il faut agir pour simplifier et dynamiser l’alternance.
Efficacité et lisibilité. Voici les maîtres mots qui président au projet de Priorité Jeune, une plateforme offrant à la fois un stage, une formation et un ensemble de services. Nourrie par l’intelligence collective, Priorité Jeunes est destinée à favoriser l’échange et mettre en avant les entreprises qui s’engagent pour accueillir et accompagner les jeunes.
Priorité Jeunes s’inscrit en rupture avec trois phénomènes :
• l’angoisse des jeunes face au choix d’un parcours d’études, à l’orientation professionnelle et l’appréhension d’un contexte sociétal sombre ;
• l’inadaptation de certaines méthodes et filières éducatives pour les millenials ;
• la perte de confiance dans les politiques publiques, et plus largement les institutions qui les mettent en œuvre.
Une plateforme qui illustre un choix politique majeur
Dans une société vieillissante, le jeune doit être prioritaire. S’il est important de conserver les seniors dans le mouvement économique afin de préserver la transmission de savoir-faire et de méthodes aux plus jeunes, il est tout aussi essentiel de rompre avec la logique de l’insertion longue et démotivante des jeunes vers un emploi durable.
Invoquer le monde de demain sur la simple base du dépassement de la crise de la Covid-19 ne suffit pas. Il nous appartient d’inventer de nouvelles formes d’accès à l’éducation et à l’emploi, plus agiles, et surtout libérées d’un poids historique contre-productif quand il ne protège pas les jeunes générations d’une longue précarité.
Un préambule : tout stage en entreprise ou contrat de travail doit donner lieu à une certification
Pour aboutir à cette reconnaissance systématique d’un premier parcours professionnel, même court, trois principes sont édictés :
1. L’alternance, quelles que soient ses modalités, est le support de base
C’est ainsi reconnaître la responsabilité des acteurs économiques, avec au cœur les entreprises, en tant que lieux matures d’éducation. Qui d’autres que les entreprises peuvent mieux préparer les jeunes aux réalités de la vie active ? Nous pouvons même imaginer des entreprises de mission spécialisées sur cette approche.
2. L’éducation plus tournée vers le savoir-faire
C’est infléchir la formation initiale vers des applications plus concrètes, à la mesure d’une société de la connaissance où la culture générale doit par ailleurs pouvoir s’acquérir tout au long de la vie. Cela implique une plus grande fluidité des parcours, quel qu’en soit le sens, entre l’école (collège, lycée, université), les opérateurs de la formation continue et les entreprises. La souplesse de cette organisation doit permettre une adaptabilité permanente aux besoins de compétences.
3. L’ouverture d’un capital étude/travail pour chaque jeune
Un dispositif simple et lisible, à utiliser tout au long de leurs études, relayé ensuite par le compte personnel de formation.
Faire le choix d’une éducation professionnelle modernisée
Priorité Jeunes repose sur deux piliers : le premier est l’orientation, le second les études et l’emploi.
Son ambition est de rénover l’éducation professionnelle, à travers l’alternance, support incontournable de l’apprentissage du monde professionnel. Ses ressources associent des spécialistes variés : écoles professionnelles, organismes de formation, prestataires d’orientation et d’accompagnement.
Premier pilier, l’orientation professionnelle : quelle place de l’entreprise dans l’orientation, l’éducation et la formation ?
Constat : pour les jeunes, l’orientation exige d’avoir une représentation au plus près du réel et des emplois. Les jeunesses des quartiers et rurales restent oubliées. « Assignés à résidence », ces jeunes ne croient pas en leur potentiel et ne maîtrisent pas les codes de la réussite. A leurs corps défendant, des enseignants, des formateurs parfois peuvent transmettre ces inhibitions.
Il manque à ces jeunes l’accès à l’information sur les métiers, les écoles, des contacts avec l’entreprise etc. Cet accès, ils doivent l’obtenir pour prendre davantage confiance en eux.
Un but
Avoir une vision élargie de la formation alternée : poser les fondamentaux de l’alternance avec l’entreprise en la considérant comme un « espace éducatif à compétence », c’est-à-dire à la fois didactique et opérationnel. Et ce, afin de légitimer la place et le rôle de l’entreprise dans l’orientation, la découverte des métiers et des emplois, la socialisation par l’activité, l’apprentissage du travail et la maîtrise des comportements au travail.
Une proposition-force
Quel que soit son statut (élève ou étudiant de plus de 16 ans), une jeune pourrait à tout moment de son parcours de son choix être en immersion allant jusqu’à un semestre.
Quelques actions concrètes :
« Faire de l’acculturation » - Permettre aux jeunes d’acquérir les compétences comportementales de base, de consolider leur projet en leur faisant découvrir différents métiers et les aider à trouver une entreprise pour signer et accomplir un contrat en alternance.
Inciter, faciliter les liens entre acteurs éducatifs et de l’emploi – Instaurer des relations directes entre les acteurs, nationaux comme territoriaux. Dresser des diagnostics partagés avec les entreprises et les Régions , fondés sur l’analyse sociologique de chaque bassin d’emploi (familles monoparentales, primo-arrivants, immigrés de seconde génération, décrocheurs scolaires…) dans la perspective d’actions d’informations et d’orientations ciblées.
Interdire les stages hors cursus éducatifs ou formatifs non garantis par une école ou par un centre de formation.
Lier zones franches économiques et zones éducatives renforcées - Garantir des moyens coordonnés pour associer développement économique de ces quartiers et insertion professionnelle de leurs jeunes habitants. Proposer des offres d’immersion en entreprise hors de leurs bassins de vie pour les jeunes de ces quartiers, avec l’accompagnement correspondant (logement notamment).
Organiser dans les territoires des groupements des entreprises - S’appuyer sur des associations d’entreprises représentatives en lien avec toutes les parties prenantes (collectivités locales, associations socio-culturelles, etc.) pour susciter de nouvelles relations et révéler des gisements d’opportunités de stages et d’emplois.
Moyens - L’alternance est ici un outil d’orientation sous toutes ses finalités, particulièrement dans le cadre des périodes d’observation en classe de 3e, stages scolaires, immersions longues et autres formules.
En multipliant ces périodes d’immersion, on développe une plus grande mobilisation, à l’aide de réseaux d’entreprises « socialement » engagés. Les jeunes appréhendent une activité professionnelle, comprennent l’organisation de travail, élabore leur projet professionnel ou dessine leur parcours de formation.
D’anciens alternants pourraient exercer le rôle de tuteurs et d’évaluateurs pour aider à développer des offres de services d’accompagnement individualisés, valoriser l’expérience, aider à la reconnaissance des acquis, délivrer des livrets de compétences…
Second pilier, les études et l’emploi : un engagement des jeunes et des familles
Constat : le rôle rénové des CFA leur permet d’accomplir un travail important dans la recherche de contrats ainsi que dans l’accompagnement après les ruptures éventuelles pour la recherche d’un nouveau contrat. Ils sont également en première ligne pour conseiller les entreprises en amont, dans le profilage et le sourcing du jeune, son intégration et sa progression dans le travail, au-delà d’une relation entre la formation pratique et théorique.
Un but
Les CFA devraient toutefois être primés sur leur effort de prospection de contrats auprès de nouvelles entreprises, afin d’élargir significativement le spectre des opportunités pour les jeunes. Le « stock » de jeunes en files d’attente doit être orienté vers des prépas apprentissage de qualité qui les immergent en entreprise (avec le cas échéant la préparation d’une partie de diplôme pour entretenir la motivation, tout en systématisant le contrôle continu des diplômes professionnels).
Une proposition-force
Donner à tous les jeunes le statut d’alternant-étudiant (carte étudiant, mutuelle…) dès l’entrée en prépa apprentissage.
Quelques actions concrètes :
Reconnaître un droit universel à l’alternance - Reconnaître les expériences professionnelles des salariés de courtes durées et ainsi acquérir des briques de diplômes jusqu’au niveau IV avec tout ou partie d’un diplôme ou certification qui est une contrepartie pour les jeunes avec un copilotage par un organisme de formation. Pour les jeunes vulnérables, proposer une contrat professionnel expérimental comprenant un tutorat renforcé.
Systématiser la formation par alternance diplômante - Faire que l’alternance diplômante soit la règle pour tous les contrats aidés, inscrire de manière obligatoire l’alternance dans les clauses au-delà des clauses d’insertion des marchés publics.
Intégrer l’insertion par l’activité économique dans les parcours des jeunes -
Garantir cette insertion en améliorant la coopération avec les entreprises en amont (secteurs qui recrutent) et pendant la période au sein de l’entreprise (immersion avec formation intervention de professionnels).
Proposer des rémunérations dynamiques entre tous les dispositifs - Pour les jeunes en formation professionnelle initiale de plus de 18 ans, un stage ou une formation d’une durée supérieure à 2 mois pourrait donner lieu au versement d’une gratification équivalent à 30% du SMIC. Le deuxième stage donnerait lieu à une gratification égale à 45% du SMIC, un troisième et quatrième stage, 60% du SMIC.
Moyens :
Il faut un engagement fort du secteur public et associatif. La part des trois fonctions publiques d’état, des collectivités territoriales et hospitalières peut être estimée à plus de 50 000 alternants sur 3 ans. La contribution financière des administrations, collectivités et associations peut être portée à la même hauteur que les entreprises privées. Le mécénat d’entreprise peut aussi être en partie fléché pour financer le matériel pédagogique des jeunes en alternance.
Le développement de l’apprentissage peut être soutenu par un contrat bi-employeur entre les collectivités locales et les PME. Imposer un taux de 5% de jeunes en alternance dans les collectivités locales et les entreprises publiques est également une piste à suivre.
Les certifications professionnelles doivent être rénovées en instituant des tuteurs co-évaluateurs, qui établiront un référentiel mesurable des connaissances pour les compétences visées. L’idée est ici de favoriser l’engagement des tuteurs dans la transmission de savoirs et la création de situations d’apprentissage en entreprise.
Il est important de prévoir de soutenir les capacités éducatives de l’entreprise par la formation alternée, en développant par exemple les écoles internes d’entreprises, les écoles de production, les universités d’entreprises, organisées en CFA mixte.
L’organisation et la facilitation des regroupements territoriaux d’entreprises est aussi un levier à tenter, à l’instar de ce que fait l’Allemagne : recrutement par une entreprise puis détachement dans une entreprise partenaire ou sous-traitante, ou encore circulation du jeune dans plusieurs entreprises avec plusieurs contrats de mise à disposition.
L’Université réalise déjà un effort d’ouverture à l’alternance, notamment pour des filières comme les diplômes universitaires de technologie. En organisant le rythme des études universitaires pour les rendre compatibles à toute forme d’alternance, on ouvrirait un vaste champ de possibilités de formation adaptées aux attentes des entreprises et des jeunes. Les frais universitaires pourraient ainsi être prise en charge par les entreprises qui accueillent des étudiants en stage. Toujours dans l’enseignement supérieur, consacrer l’excellence des parcours alternés par une majoration des bourses universitaires serait une belle reconnaissance de l’utilité sociale de l’alternance.
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