Create awesome and FAST websites!

France travail, une réforme pour le monde d’avant

18 juillet 2023

France travail prévoit la création d’un organisme destiné à coordonner l’action de tous les acteurs de l'emploi et de l’insertion. Objectif : atteindre le plein emploi. Mais ce nouveau dispositif est-il vraiment adapté aux problématiques d’emploi et d’inclusion des entreprises ? Répond-il aux aspirations des publics-cibles ? Indice : il est permis d’en douter.

Et si le gouvernement aurait-il découvert la formule magique pour simplifier le retour à l’emploi des publics vulnérables, tout en solutionnant les difficultés rencontrées par les entreprises pour recruter ?

La réforme qui promet cette double efficacité s’appelle France travail et affiche l’ambition d’organiser « une meilleure coopération entre les acteurs, privilégié à une recentralisation, peu adaptée à la diversité des situations et au besoin de proximité, ou à une nouvelle décentralisation, qui ne ferait qu’empirer l’émiettement des compétences et la dispersion. »
En clair, il s’agit de remettre en situation d’emploi les allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) et les chômeurs de longue durée.

Une porte d’entrée numérique unique mais toujours plusieurs pièces ensuite

La construction d’un point d’accès unique grâce au numérique se positionne incontestablement comme une proposition centrale, et répond plutôt aux attentes en matière de simplification. L'idée d'interconnecter des organismes tels que les Missions locales pour les jeunes et Cap Emploi pour les personnes en situation de handicap est également louable - à condition d'intégrer pleinement tous les autres partenaires de l'inclusion et de la formation.

Cependant, cette approche se délite dès qu'il s'agit de mettre en relation le demandeur d'emploi avec l'entreprise, car l’opération fait intervenir une équipe distincte. Au-delà de ce désavantage initial qui nuit à la concrétisation de cette belle idée, un examen minutieux du rapport de la mission de préfiguration de France travail révèle certaines propositions intéressantes, tandis que d'autres nécessitent encore des améliorations. Après tout, l'ambition affichée va au-delà de la simple homogénéisation bienvenue des services sociaux et de l'emploi ! Faisons un bref tour d'horizon des aspects positifs et négatifs.

Assurer un accompagnement adapté

La réponse proposée semble très standardisée, alors même que la complexité des problématiques auxquelles les publics ciblés font face est multifactorielle. En effet, les obstacles à l'emploi sont liés à la mobilité, aux aspects psychologiques, au logement, et bien d'autres raisons encore. Par ailleurs, les opportunités peuvent très bien découler du développement de la proximité et de la solidarité locale.

Notons que le contrat d'engagement "droits et devoirs" a le potentiel de couvrir l'intégration souvent chaotique dans le monde du travail. L'orientation active et un diagnostic harmonisé représentent une ambition à soutenir dans ce domaine. L'objectif ultime d'accéder à un emploi, que ce soit dans le secteur marchand ou public, constitue une reconnaissance pour les individus, qui s'accompagne d'un impératif économique.

Cependant, il reste encore des aspects à renforcer ; comme par exemple le développement de programmes permettant des transitions vers le travail non marchand, en collaboration avec les entreprises d'insertion au niveau local.

Rendre plus efficace l’effort de formation professionnelle

Il est essentiel de clarifier la mission de service public de formation assurée par les Régions, indissociables du développement économique. Cela nécessite de leur fournir les moyens financiers adéquats et de procéder à une évaluation régulière de leurs actions.

Il est également nécessaire d'aller plus loin dans la souplesse du statut de stagiaire de la formation, afin de permettre aux demandeurs d'emploi de concilier travail et formation. De plus, prendre davantage en compte le niveau de connaissances générales des publics est important, car celles-ci constituent le socle de toute qualification professionnelle.

Une fois de plus, on constate que la formation est considérée comme un simple "additif", alors qu'elle devrait occuper une place centrale dans l'élévation des compétences générales, y compris les savoir-être professionnels. L'offre de formation dans les territoires joue un rôle essentiel en matière d'orientation et de qualification grâce aux programmes régionaux.

D'un point de vue plus global, la compétence professionnelle intègre naturellement une dimension sociale. Autrement dit, les obstacles à l'emploi doivent être considérés comme des éléments d'une politique de compétence globale.

C'est cette société de compétence qui nous permettra de relever les défis de la transition économique, de garantir une productivité solide et de proposer à tous et toutes des reconversions en phase avec les besoins du marché du travail et les aspirations professionnelles.

Aider les entreprises à recruter

L'idée est séduisante... mais difficile à réaliser ! Les entreprises seront réticentes à se voir imposer des recruteurs. Certes, il est indéniable que des conseillers ayant un réel contact avec l'entreprise sont nécessaires, à condition qu'ils possèdent également une bonne connaissance des candidats.

Par ailleurs, offrir plusieurs périodes de mise en situation en milieu professionnel peuvent contribuer à rendre les emplois plus attractifs, comme démystifier les idées fausses sur les emplois manuels ou certains secteurs trop idéalisés.
Sur ce sujet recrutement, quels sont les plans de France Travail concernant le rôle des partenaires sociaux ? Pourquoi ne pas afficher la volonté de les associer plus étroitement à la mise en œuvre de ces processus de recrutement ? Leur participation est essentielle pour garantir le succès de ces initiatives.

Mettre en place une gouvernance, simplifiée et territorialisée

Le projet souffre d'une certaine rhétorique sur les différents aspects de la gouvernance, étant donné que les acteurs impliqués sont extrêmement diversifiés en termes de territoire d'intervention, de rôle, de tutelle, de sources de financement, etc.

Le rôle des collectivités locales est sous-estimé, alors même qu'elles sont sans aucun doute les mieux placées pour connaître l'offre d'emploi sur leur territoire. Pourquoi ne pas permettre aux communes qui le souhaitent d'expérimenter une gouvernance complète à ce niveau, à l'instar de ce qui se fait en Allemagne et dans d'autres États membres de la communauté européenne ? Soyons pragmatiques, car la majorité du public concerné se trouve concentrée dans ces espaces métropolitains.

Pilotage par les résultats

Enfin, pour assurer un pilotage axé sur les résultats, une instance indépendante chargée d'évaluer les dispositifs doit être mise en place. Cette indépendance doit s'étendre aux collectivités locales ainsi qu'à tous les acteurs publics et privés, y compris Pôle Emploi. En effet, les fusions entre institutions ne garantissent pas toujours les économies escomptées. Il serait également judicieux de pouvoir en tirer des conclusions claires et transparentes quant à leur efficacité.

Avant le déploiement de France travail, pourquoi ne pas commencer à réaliser un audit sur le rapport coût/efficacité des différentes institutions associées au dispositif ? Rien n'empêche de supprimer les dépenses superflues à tous les niveaux territoriaux ; tout en permettant à France travail de prendre son envol.

Dans ce dernier chapitre, il convient de souligner une limite concernant les ressources humaines, dont les projections précises des besoins sont difficiles à établir en raison des différences socio-économiques entre les États européens.

Quelles conclusions à cette lecture critique du projet France travail ?

Au-delà de la simple énumération des points à retenir ou à modifier, c'est surtout l'essence même du projet France travail qui soulève des questions.

Quelle identité, quelle crédibilité cette nouvelle initiative pourra-t-elle véritablement incarner, au-delà des regroupements et des fusions d'organismes ? Cette nouvelle "vitrine de l'emploi" ne risque-t-elle pas de décevoir des publics souvent méfiants envers les institutions ? Surtout s’ils constatent rapidement un manque d'efficacité réel tout au long de leur parcours de retour à l'emploi, en raison des obstacles mentionnés précédemment (une porte d'accès unique qui s'ouvre en réalité sur plusieurs chemins, une multiplication prévisible des interlocuteurs, etc.) ?

En réalité, France travail présente une vision idéalisée et simplificatrice d'une problématique nécessairement complexe, trahissant ainsi une volonté d'optimiser les coûts liés au retour à l'emploi et de réduire le poids de l'aide sociale. De plus, le projet ne traite pas de la question des "trappes à salaires" et des aides sociales, qui sont pourtant des enjeux compréhensibles pour une grande partie du public.

Plutôt que de réduire la complexité du dispositif français d'accompagnement du retour à l'emploi, la réforme France travail ne fait que l'accentuer davantage. C'est d'autant plus regrettable que certaines idées sont intéressantes à prendre en compte.

En somme, France travail semble taillée pour un monde où la fonction de production serait figée, alors même que les hommes et les femmes évoluant sur tous les niveaux du marché du travail aspirent désormais à exercer des fonctions ayant un fort impact sociétal. Une réforme pour le monde d'avant.


© Copyright 2025 Pierre Courbebaisse - Tous droits réservés. Mentions légales.

Free AI Website Creator