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Formation professionnelle : quand le système s'enlise dans sa propre complexité

1er décembre 2025

Malgré des dépenses en progression en proportion du PIB (2% en 2024 contre 1,5 % en 2014), les moyens alloués à la formation professionnelle peinent à démontrer leur efficacité. Entre formations déconnectées de la plupart des réalités économiques et dispositifs pour demandeurs d'emploi inefficients, notre système accumule les dysfonctionnements. Il est temps de regarder la réalité en face et d'engager une réforme structurelle qui commence par une simplification drastique.

Rappelons qui sont les acteurs du secteur : financeurs publics et paritaires ou en entreprises, organismes de mutualisation et/ou de conseils, organismes prescripteurs, établissements de formations publics ou privés (porteurs ou pas de centre de formation d’apprentis (CFA)), lycées, universités… Cet ensemble constitue un écosystème complexe, dont la performance est insuffisamment évaluée.

L'inadéquation des formations professionnelles initiales et supérieures française et les besoins de l’économie

Notre système de formation initiale ne prépare tout simplement pas les jeunes aux exigences du marché du travail. Le décalage entre les compétences acquises par les diplômés et les besoins des employeurs n'est plus un simple "défaut d'adéquation" - c'est devenu un gouffre béant qui handicape la vie professionnelle des jeunes et les entreprises qui recrutent. S’il ne fallait retenir qu’un chiffre pour illustrer ce hiatus insupportable, c’est celui du chômage des jeunes, qui reste toujours très élevé : nettement supérieur à celui du reste de la population, il atteint 18,8 % en moyenne chez les 15-24 ans en 2024.

Les formations professionnelles initiales et supérieures incarnent parfaitement cette dérive : elles enferment trop les jeunes dans des filières déconnectées des réalités économiques. Résultat ? Un taux de près de 13 % de "NEETs" (jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation) et des entreprises qui peinent à recruter.

La solution ? Généraliser progressivement l'apprentissage à l'ensemble de la filière d'enseignement professionnel initial et supérieur. Cette transformation par l’apprentissage comme modalité pédagogique dominante exige un engagement des entreprises sur le tutorat. Une évolution qui demande à la fois une planification et une autonomie par établissements (lycées professionnels ou universités) et une vision à moyen terme - deux qualités qui font cruellement défaut aux acteurs.

Un équilibre garanti entre processus de redéploiement des budgets internes de l’Éducation nationale et maintien d’un libre appariement des contrats d’apprentissage doit être trouvé, avec des priorités données aux branches professionnelles.

Bref, il faut sacraliser le succès de la croissance de l’apprentissage en maintenant son financement.

Pénuries de main d’œuvre et demandeurs d'emploi

Nous sommes passés du chômage de masse à une pénurie de main-d'œuvre. Pour autant, il existe une kyrielle de dispositifs dans lesquels les demandeurs d’emploi et les entreprises se perdent. Pire : ces dispositifs maintiennent une logique de traitement social déconnectée des besoins de mains d’œuvre dans les bassins d’emploi. Globalement, la mutation de l’offre de formation publique et privée reste trop lente.

Les "plans nationaux de formation" sur les pénuries de main-d'œuvre ? Une succession d’échecs suite a des annonces politiques de tous bords. Ces plans standardisés ignorent superbement les spécificités locales et les besoins concrets des entreprises. Il faut arrêter ces usines à gaz centralisées et revenir à une approche territorialisée, pilotée par ceux qui connaissent vraiment le tissu économique local, les entreprises.

Quant à la multiplication des organismes d'information, d’observatoires et d'accompagnement, elle confine à la confusion. Leur concentration progressive cache quelques marges budgétaires non négligeables - autant les concentrer, plutôt que de les laisser se diluer une inflation d’informations !

Un financement obsolète qui pénalise l'effort

Le système actuel de financement, basé sur la masse salariale : il pénalise les entreprises à forte intensité de main-d'œuvre qui doivent investir massivement dans les compétences, et avantage celles qui en ont le moins besoins font peu.
À moyen terme, il faut repenser complètement le financement. Pourquoi ne pas explorer une contribution élargie, accompagnée d'un discours sur le rôle de formation tout au long d’une vie professionnelle de plus en plus longue ? Ou encore une fiscalité spécifique sur l'épargne longue ou les successions ? Ces pistes mériteraient d'être étudiées sérieusement.

L'imbroglio des dispositifs pour les salariés et les entreprises : CPF, PTP et autres acronymes

La prolifération des dispositifs - CPF, PTP, même si une première étape a été franchie avec la fusion de Pro A et Transco - crée une complexité kafkaïenne que même les professionnels peinent à maîtriser. Comment un salarié lambda s'y retrouverait-il ?

La fusion du CPF et du PTP s'impose à terme comme une évidence. Un dispositif unique, personnalisé et simplifié, permettrait enfin aux salariés de suivre des formations adaptées à leurs besoins spécifiques pour l’entreprise tout en restaurant un véritable ascenseur social. Les initiatives actuelles sur le cofinancement restent timides et l’ensemble des acteurs en souffrent.

Cette simplification doit s'accompagner de la création d'une plateforme unique pour l'apprentissage. La dématérialisation des formations, couplée à une meilleure reconnaissance des compétences (certification, diplômes), devrait entraîner une massification, source de diminution des coûts de fonctionnement de l’écosystème, ainsi qu’une possibilité accrue de mesure de la performance pédagogique.

Ne plus laisser les entreprises livrées à elles-mêmes

Face au déclin démographique, nos TPE/PME ont besoin d'un accompagnement renforcé dans leurs investissements en compétences. Cela passe par une politique d'immigration économique assumée, relayée par une massification de la formation "français langue étrangère" intégrant des parties professionnelle.
Ensuite, l’État et les régions doivent mieux articuler leurs aides économiques avec les besoins de formation correspondants.

Pour les PME, souvent démunies face à l'identification de leurs besoins en compétences, des services de conseil et une plateforme de gestion de ressources humaines partagée s'imposent. Pour les TPE confrontées à l'absence temporaire d'un salarié en formation, encourager le recours à l'intérim pour formation constitue également une solution pragmatique.
Les acteurs doivent simplifier leurs champs d’intervention par l’évaluation indépendante

La multiplication des acteurs publics et paritaires dans la gestion des fonds de formation a créé une multitude de guichets souvent peu efficaces. Il faut en simplifier le pilotage.

Cette transformation nécessite des outils à l’échelon national, déclinés paritairement au niveau régional, avec une expertise à 360° sur les besoins réels de compétences. L'évaluation unique et indépendante de tous les dispositifs doit être confiée à une instance dédiée - France Stratégie, Haut-Commissariat au plan, etc. - pour s'assurer que les fonds mobilisés produisent les résultats attendus.

Viendront ensuite les arbitrages sur la gouvernance, qui passera par des redistributions des missions de chacun.

Éviter une fausse réforme sous contraintes budgétaires

Soyons clairs : la discipline budgétaire imposée sera d’autant plus facile si l’on simplifie et ainsi conditionne la crédibilité politique d'une telle transformation.

Mais attention aux effets pervers d'une approche uniquement comptable ! L'enjeu n'est pas seulement de rationner les moyens, mais de les utiliser plus intelligemment pour restaurer un véritable ascenseur social - aujourd'hui en panne - et préparer nos entreprises aux défis de demain.

Vers une nouvelle vision stratégique ?

Au-delà des considérations techniques, cette simplification soulève une question fondamentale : quelle place donnons nous a la compétence dans les entreprises et les individus pour eux-mêmes ? Une réforme du système de formation ne peut se contenter d'être un d'ajustement budgétaire. Il doit incarner un projet au service du capital humain de la Nation.
Or, force est de constater que notre système actuel ne remplit plus cette mission. Inefficace et injuste car complexe, il mérite mieux qu'un énième rafistolage technocratique à grands coups de rabots budgétaires. C’est bien une refondation complète qu’il faut entreprendre, guidée par une vision claire de l'avenir que nous voulons offrir aux actifs français et de la place que nous voulons donner à la compétence de population active dans une politique de l’offre.

Abordons au plus vite la première étape, cette simplification qui doit permettre aux entreprises, notamment TPE/PME, et aux actifs de se l’approprier pleinement. Ne traînons pas ensuite pour mener le débat politique sur la gouvernance.
Le chantier est immense, les résistances seront nombreuses. Mais l'alternative - continuer à raboter un système à bout de souffle - n'en est pas une. Il est temps de passer des diagnostics aux actes, de la multitude des guichets et des promesses des acteurs aux résultats évalués.

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